VOID FURIES

 Illustration par Julien Fenoglio

Illustration par Julien Fenoglio

 

Void Furies est une aventure de science-fiction où l'on suit les péripéties de deux sœurs soldates conçues artificiellement qui cherchent à comprendre et trouver leur place dans ce monde en crise.
Cet extrait décrit prend place dans un des bars d'une station spatiale. Les deux protagonistes discutent avec Marko, un mercenaire qui va leur permettre d'accéder aux installations médiacles d'un hopital privé. La bas elles pourront en apprendre plus sur la manière dont elles ont été conçues.
Pour cette scène j'ai voulu expérimenter la transition du passé simple au présent, dans le but d'intensifier l'action.


- Vous savez que c’est quasiment impossible ?

- On n’a pas le choix. De combien de temps est-ce qu’on dispose ?

- Vous aurez moins d’une heure avant qu’ils ne comprennent ce qu’il se passe, après ça : vous êtes mortes. Sachant que les tests durent dix minutes pour chacune d’entre vous, ça fait donc vingt minutes en salle de test, soit seulement trente minutes pour entrer et sortir, peut-être même moins.

- Combien de temps pour aller à la salle de test ?

- A partir de l’entrée principale, il faut six minutes, par l’héliport il en faut trois, et par l’entrée secondaire il faut deux à cinq minutes, selon les itinéraires.

- Les contrôles de sécurité ?

- Ils sont inévitables quelque soit l’entrée que vous prendrez.

- On ne peut pourtant pas se permettre d’être contrôlées, il va falloir les éviter.

- Je vois. On pourra surement trouver une alternative quand on recevra les plan de l’hôpital.

- Et la sécurité à l’intérieur ?

- Classique, peu de codes, presque tout repose sur des protocoles biométriques. Il faudra scanner votre visage et celui de votre sœur, ainsi que vos iris. On rentre tout ça dans la base de données du système de sécurité, le temps de l’opération, et on supprime tout à la fin, sans laisser de traces.

- Bien. Combien de temps pour vous préparer ?

- Moi et mes hommes on peut se tenir prêts dans 5 jours. On vous prépare l’entrée, et une fois sorties, on vous emmène jusqu’au point d’extraction.

- De là, on décolle et vous ne nous reverrez plus.

- Entendu, j’espère que ça ira pour vous.

- Si vous faites votre boulot, tout finira bien.

- Evidemment. Et votre sœur, elle ne parle jamais ?

- Ça dépend de son humeur, entre autres.

   Kysha jeta un regard à sa sœur assise à côté d’elle, elles esquissèrent chacune un léger sourire. Il est vrai que Dyaka ne parlait vraiment qu’à sa sœur.  Cela n’était pas dû à une quelconque timidité, ni à un refus catégorique d’adresser la parole aux étrangers ; c’était plutôt qu’elle n’en avait rien à faire tant que sa sœur était là pour parler à sa place. Kysha quitta sa sœur des yeux et se mis à analyser son interlocuteur, Marko. Il était assis, droit et solide comme le sont les anciens militaires, mais avec un léger doute dans son regard. Ses yeux fixaient le fond de son verre et Kysha vit très clairement un homme qui avait peur de ne pas être à la hauteur. La mission qui les attendait était une folie, mais les deux sœurs étaient habituées à ce genre d’entreprises. Pour le mercenaire en revanche, cette mission allait être sans aucun doute la plus périlleuse à laquelle lui et ses hommes aient jamais participé.

   Les jumelles n’avaient pas choisi de lui demander de l’aide parce qu’elles avaient vu en lui le plus doué des mercenaires de la station, loin de la, mais plutôt parce qu’elle avait vu en lui un homme d’honneur. Avec tous les chasseurs de primes du système solaire qui leur couraient après, elles ne pouvaient se permettre d’engager quelqu’un qui les dénoncerait aussitôt qu’elles auraient le dos tourné.

   “Sœurs”. Le mot était arrivé aux oreilles de Kysha et avait activé tous ses réflexes militaires. En quelques secondes, elle analysa l’intégralité de son environnement. Dyaka avait elle aussi entendu ce mot percer la foule, et avait déjà la main sur la crosse de son arme, le long de sa cuisse. Marko regardait toujours son verre, ses hommes assis autour d’une table proche de là continuaient à discuter, mais les deux sœurs avaient perçu ce mot précis, lâché quelque part dans l’ambiance assourdissante du bar. 84 autres personnes étaient présentes, 79 clients, 2 barmans et 3 serveuses, pour un total de 63 hommes et 21 femmes. Qui avait prononcé ce mot ? Les deux sœurs analysaient simultanément chaque conversation, décodant les gestes de chaque être vivant autour d’elles... trouvé ! Les jumelles se figèrent, toujours assises, la tête à peine levée, et le regard fixé sur un groupe d’hommes qui venaient de s’asseoir à environ 6 mètres d’elles. Ils étaient tous grands et larges, et portaient tous de longs vêtements de voyage très amples, qui ne laissaient rien apparaître de leur équipement.

- Elles sont quelque part cette station, dit l’un. On va rester ici jusqu’à ce qu’elles retournent à leur vaisseau, et là on les chope.

- Tu crois qu’elles sont aussi coriaces qu’on le prétend ? Demanda un autre.

- Impossible ! Dis un troisième.

- Taisez-vous ! Ordonna le premier. Ces filles viennent de Kalystar, elles sont très bien entraînées, alors prenez pas ça à la légère.

- A onze, on peut bien prendre le dessus sur deux connasses de Kalysiennes.

- Evidemment, je dis juste que ça sera pas facile. Notre avantage c’est la surprise.

   Les deux sœurs se regardèrent, elles surent immédiatement quoi faire. Dyaka allait retourner au vaisseau, tandis que Kysha allait attirer l’attention. La première enfila un long manteau cachant l’intégralité de sa tenue de pilote, la seconde s’adressa à Marko qui était toujours plongé dans ses pensés.

- On se retrouve au point de rendez-vous.

Celui-ci leva la tête, vit le regard froid qu’elle lui jetait, et compris aussitôt qu’elles avaient repéré un danger. Il fit un signe de tête pour dire qu’il avait compris, et se glissa à la table de ses hommes. Dyshyka couvrit sa tête avec la capuche de son manteau. Elle se leva, attrapa le sac à ses pieds, et le jeta sur la banquette à côté de sa sœur. Puis, la tête baissée, elle disparut dans la foule. Kysha glissa le sac sous la table, où elle l’ouvrit. Elle en sortit un fusil d’assaut PAVESEN modifié qu’elle arma délicatement. Elle détacha le col de son manteau qui glissa le long de sa nano-armure d’élite UNASEN, se leva, porta son fusil à hauteur de son œil, et avant que les client du bar n’aient le temps d’avoir la moindre réaction, elle aligna son arme et le crâne du chasseur de primes qui la regardait.

   Du point de vue des chasseurs de primes, l’action fut plus qu’inattendue. Tael, l’un d’entre eux, s’était désintéressé de la conversation et regardait autour de lui. Le bar était correct d'après ses critères, bien qu’un peu trop lumineux à son goût. Il appréciait la propreté des lieux, et les clients, bien que peu recommandables pour certains, étaient bien plus appréciables que sur les secteurs éloignés où il avait grandi. Ils s’étaient assis entre l’entrée et le comptoir, au beau milieu du bar. Face lui, à environ 8 mètres, une immense baie vitré se dressait, elle donnait directement sur l’espace. Il trouvait ça reposant, l’espace. Y plonger son regard lui faisait oublier qu’il n’était qu’un meurtrier, et effaçait un instant les souvenirs des cris des hommes, femmes et enfants dont il avait pris la vie. Son attention fut soudain attirée par une silhouette qui portait un grand manteau à capuche et se dirigeait vers la sortie. Il chercha la table d’où cette silhouette venait et vit une femme se lever. Elle portait une combinaison militaire d’élite, ses cheveux noirs longs d’une trentaine de centimètres étaient jetés en arrière, et il la trouva absolument magnifique.

   La balle traverse le crâne du chasseur de prime, liquéfiant son cerveau avant même que celui-ci n’ait le temps de réagir à ce qu’il avait vu. Le sang s’envole dans les airs et retombe sur le sol du bar à l’instant même où le son du coup de feu cesse de résonner dans la salle. S’ensuit un silence au cours duquel les gens regardent autour d’eux, cherchant à comprendre ce qu’il se passe. Puis les balles volent en rafales, la panique éclate dans le bar, un second chasseur de primes est abattu tandis que les quatre autres renversent leur table pour s’abriter. Marko et ses hommes font de même. Tous les clients se lève et commence à courir vers la sortie du bar, certains sortent des armes mais aucun n’ose regarder derrière lui. Kysha court s’abriter avec les mercenaires.

- Comme ça ? Direct ? Sans même vérifier s’ils sont là pour vous ?

- Ils sont là pour nous. Maintenant, vous vous barrez ! On a besoin de vous vivants, je gère mes problèmes. Ça devrait largement payer la première moitié, dit elle en tendant une puce de crédit à Marko.

- Ça marche. Bonne chance.

Marko fait signe à ses hommes et tous se lèvent. Ils courent vers la sortie du bar en mitraillant la barricade de fortune des chasseurs de primes. Arrivé à la sortie, un des hommes de Marko vise et abat un troisième chasseur qui s’était risqué à sortir de couvert, avant de disparaître avec le reste des mercenaires.

Kysha resta donc seule dans cette salle, avec 3 chasseurs de primes. Heureusement, ils n’avaient pas l’air très entraînés. Après un simple calcul elle savait qu’encore 5 chasseurs pourraient débarquer d’une minute à l’autre. Affronter 8 ennemis, même peu entraînés, restait un pari risqué. Sans parler de la sécurité de la station qui ajouterait très vite elle aussi une dose d’action. Kysha entendit les trois hommes qui commençaient à avancer vers elle. Se lever pour tirer n’était pas envisageable, et sa position n’offrait aucun avantage tactique. Sachant que si elle attendait encore 10 secondes elle serait encerclée, Kysha décida de tenter le tout pour le tout.

Elle attrapa son col, tira dessus pour former une capuche. Aussitôt enfilée la capuche se resserra jusqu’à couvrir toute la tête de la jeune femme exempté le visage, comme une combinaison de plongé. Kysha détacha un dispositif de sa ceinture, c’était une sorte de petite boite métallique qu’elle posa contre son visage. La boite se déplia et s’étendit sur son visage pour finir par se lier à sa combinaison. Son masque prit la forme de son visage et elle sentit un léger durcissement de sa combinaison lorsque la liaison étanche entre le masque et sa tenue s’effectua. Elle entendait des pas 4 mètres derrière elle. Son masque se verrouilla après avoir comprimé sa réserve d’air. Elle détacha un petit cylindre fixé le long de sa cuisse, appuya sur un bouton à son extrémité, et celui-ci se mit à clignoter. Elle jeta la grenade à concussion contre la vitre blindé face à elle, où elle se fixa en silence. Les pas étaient maintenant 2 mètres derrière elle. Kysha attrapa la table contre laquelle elle était adossée, et la retourna d’un coup sur elle. Elle sentit l’incompréhension des trois hommes qui la devinaient cachée sous la table. C’était risqué, mais ce n’était pas la première fois qu’elle se jetait dans l’espace de cette manière. Elle espéra seulement que la vitre se briserait, sans quoi l’onde de choc serait trop forte, même pour elle. Son armure se rigidifia jusqu’à devenir aussi solide qu’une plaque de métal. Là, elle attendit. Un des chasseurs se baissa pour soulever la table.

La grenade explose, créant d’abord une onde de choc phénoménale qui fait voler la vitre en éclats et broie les chasseurs de primes, éjectant tout à une vitesse folle. Les tables se soulèvent du sol, les verres volent en éclat, la lumière disparaît dans toute la salle, et Kysha ressent alors une pression sur tout son corps, comme si un bâtiment entier s’effondrait sur elle. Une fraction de seconde plus tard, tout s’inverse. L’air de la salle est aspiré hors du vaisseau, Kysha est emportée et jetée violemment dans l’espace. Elle entrevoit la porte blindée du bar qui se referme d’urgence, les corps désarticulés qui glissent dans le vide avec elle, les tables, verres, bouteilles, réduit en miettes. Elle est perdue, à demi-consciente. Elle dérive dans le néant.